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« DATA FOR THE CITY »

L'ONU projette qu’en 2050, les villes concentreront près de 75 % des quelques 10 milliards d’habitants de notre planète. Au-delà des mégalopoles, les villes moyennes devraient aussi voir leur population croitre de manière très forte. L’Asie hébergera alors plus de la moitié de la population urbaine mondiale et l’Europe verra son taux d’urbanisation atteindre 83.7%.

Par Nicolas CAMBOLIN, Global Director Data Intelligence chez TALAN

Cette urbanisation croissante fait peser sur les villes de toutes tailles des enjeux multiples, allant de la transformation bas-carbone, l’offre de logements, la mobilité multimodale, la santé, l’alimentation, la gestion de l’énergie, la sécurité ou l’inclusion. La gestion de l’information, en temps-réel représentera un enjeu supplémentaire pour éclairer et guider les différentes initiatives qui doivent matérialiser le concept de « Smart City ».

De quelles données disposent les villes ?

Les villes disposent de plusieurs sources de données qui généralement couvrent l’ensemble de leurs domaines de responsabilité tels que la sécurité, l’éducation, la jeunesse, le social, les sports, le logement, les espaces verts, la durabilité, l’énergie, l’aménagement, l’urbanisme, la mobilité, le patrimoine ou la propreté.

A ces données s’ajoutent celles liées aux habitant.e.s. qui sont partagées entre les différents services. Les villes utilisent aussi pour leurs opérations des données dites « maitres » qui ne sont pas forcément gérées par elles, comme le cadastre ou le référentiel national des bâtiments par exemple. Les sources d’information se multiplient avec le développement des usages numériques et des technologies, à l’image du déploiement d’objets connectés comme des systèmes vidéo ou des capteurs.

Quant aux formats, ils sont aussi en forte expansion, en synchronisation avec la diversité des types de points de mesure : flux d’images, textes libres, voix, spectres de bruit, spectres chimiques, …

Une petite partie de ces données est ouverte à l’externe dans le cadre d’initiatives d’ « open data » , avec cependant des taux d’utilisation qui restent extrêmement variables.

Les villes disposent donc d’une grande variété de données, en forte expansion. Elles vont donc devoir se donner les moyens de les exploiter tout en les protégeant, pour les aider à affronter les enjeux à venir.

Quels sont leurs enjeux des villes et collectivités quant à la valorisation des données ?

D’après nos travaux auprès de différentes villes dans le monde, les enjeux se déclinent sur les dimensions suivantes:

La définition de la stratégie et l’identification des cas d’usage à forte valeur-ajoutée – les villes et particulièrement les métropoles se sont engagées dans la définition de leur stratégie avec, notamment, la création d’un poste de CDO (Chief Data Officer) qui aura un positionnement différent dans l’organisation selon les cas mais sera souvent localisé au sein de la DSI. A titre d’exemple, le premier CDO de la ville de Londres a été nommé en Août 2017 (Theo Blackwell). Les priorités sont généralement liées à la transformation bas carbone (efficience énergétique des bâtiments), la numérisation des processus, la mobilité, l’aménagement urbain, la gestion de l’énergie ou la gestion des déchets.

Le déploiement de solutions de Data Intelligence modernes – beaucoup de villes ne disposent pas encore de plateformes de données modernes, en capacité de collecter, traiter et valoriser les données en provenance de sources très hétérogènes avec des formats nouveaux. De plus, elles se confrontent systématiquement à la question de la souveraineté des données et du cloud. Ce point reste un frein au déploiement de telles solutions.

La mise en œuvre d’une gouvernance des données et le changement de culture – la gestion transverse de la donnée force les villes à penser un fonctionnement moins en silo des services et à accroitre la logique de partage de ces actifs numériques. Par conséquent, il s’agit de trouver une sémantique commune pour ces objets. Toute stratégie Data doit s’appuyer sur l’émergence d’une gouvernance des données robuste et pérenne.  Cela reste une problématique importante et un sujet à traiter car il implique de définir des rôles et des responsabilités clairs quant à la gestion du cycle de vie des grands domaines de données. Une étude française nationale récente 1 a montré que 65% des collectivités n’avaient pas de gouvernance des données.

L’intégration maîtrisée de l’intelligence artificielle – le sujet de l’utilisation de l’intelligence artificielle reste majoritairement au stade de l’expérimentation et souvent dans les collectivités de grande taille. Les sujets d’application sont variés comme : l’optimisation de la gestion des places de stationnement, la gestion ou le comptage de flux (ex. usagers de transports publics), le tri des déchets par le traitement de l’image. Les récentes évolutions de l’IA générative relancent la question du recours à ces technologies tout en maitrisant la dimension éthique.

Le respect du cadre règlementaire et la protection des données – les villes font face à plusieurs problématiques en la matière. Sur le plan règlementaire, la conformité au RGPD (ou nLPD en Suisse) a fortement progressé et selon l’étude précitée, 89% des métropoles s’estiment déjà en conformité.  Sur le volet de la protection des données, le sujet est plus problématique et de nombreuses attaques ont eu lieu contre les infrastructures informatique de villes (ex. Lille, Rolle, Anvers, …) avec parfois la divulgation de données personnelles ou l’utilisation de données clés pour bloquer les services d’une ville, avec une demande de rançon. Plus largement dans le domaine public, les hôpitaux ont été particulièrement visés. Les collectivités investissent dans les moyens de protection technologiques mais aussi via la sensibilisation des parties-prenantes aux bonnes pratiques.

La sobriété numérique – les plan climat des villes visent globalement la neutralité carbone à l’horizon 2030 ou 2050 (ex. Bruxelles, Paris, Londres, Genève, Lausanne, …). Dans ce contexte, la gestion accrue des données implique aussi une empreinte carbone en progression qui pousse les villes à s’attaquer au problème de la sobriété numérique par une utilisation des ressources informatiques plus efficiente. Ce sujet dépasse le cadre de la donnée car il touche tous les systèmes gérés par un ville. Les initiatives sur ce point sont récentes et donc peu avancées pour la mise en œuvre de code plus frugal, de stockage des données optimal en évitant les redondances ou les transferts inutiles ainsi que la maitrise de la quantité ou l’origine de l’énergie utilisée pour le fonctionnement de ces systèmes.

Les villes et les collectivités doivent donc accélérer la gestion avancée de leur patrimoine informationnel car il représente un levier majeur pour les aider à réaliser les transformations colossales qu’elles mettent en œuvre pour adresser les défis actuels et futurs. Au-delà des aspects techniques, cela implique un changement profond d’état d’esprit afin de considérer la donnée comme un actif critique à valoriser au mieux.

1 « Les collectivités territoriales et la donnée » Observatoire dataPublica (2022)

Les personnes de contact :

Nicolas CAMBOLIN – Partner, Global Director Data Intelligence

Nicolas DOUSSINET – Partner, Data Intelligence FR

Amaury LANGUILLAT – Director, Data Intelligence CH

James HIGGINS – Partner / Low Carbon

Relisez l'article sur la Smart City en cliquant ici : Smart City, la ville de demain devra être durable et désirable