17 février 2017

Jean-Louis Beffa, président d’honneur de Saint-Gobain et membre du Comité d’Orientation Stratégique de Talan, intervenait lors de la première édition des « Rencontres de Dumont d’Urville », sur le thème « Les frontières entre les start-up et les grands groupes sont-elles en train de s’effacer ? ». A cette occasion, il a présenté son nouveau livre « Se transformer ou mourir : les grands groupes face aux start-up », paru aux Editions du Seuil.

JeanLouisBeffa_034_10x15_300dpi_n°34 serie 28.11.2014_Copyright Hermance Triay

©Hermance Triay

En quoi l’entreprise traditionnelle est-elle menacée ?

JLB : L’économie numérique a bouleversé les équilibres, et le modèle de la start-up prend une place de plus en plus importante, imposant des codes très éloignés de l’entreprise classique. D’abord parce qu’elle cherche à croître de manière exponentielle avant d’être rentable, mais aussi parce que la majorité des start-up ont un business model basé sur une logique différente, à l’instar de l’économie du partage. Pour moi, ce sont ces start-up « mutantes » qui menacent directement les entreprises leaders, notamment dans les services. L’enjeu pour ces dernières est alors d’empêcher par tous les moyens qu’une licorne ou semi-licorne s’implante sur sa chaîne de valeur.

Comment ?

JLB : La transformation des grands groupes doit être l’objectif prioritaire des dirigeants pour résister à cette concurrence. Malheureusement, j’ai l’impression que l’urgence n’est pas dans la tête de tous les chefs d’entreprise sur ce sujet. Un des points qui me semblent fondamentaux dans cette transformation est la mise en place de plateformes, s’adressant chacune à un public cible de l’entreprise (collaborateurs, clients, partenaires et fournisseurs par exemple). Ensuite, il est indispensable d’établir une feuille de route précise avec des dates d’étapes et d’être extrêmement rigoureux dans l’exécution. Pour mener à bien les différentes étapes, le recrutement d’un Chief Digital Officer et d’un Chief Data Officier me semble nécessaire afin d’exploiter au mieux les data de l’entreprise. Enfin, je pense qu’il est important d’impliquer les collaborateurs dans la transformation, en nommant des responsables digitaux et en encourageant les équipes transgénérationnelles.

La prise de participation dans des start-up peut-elle être une solution pour les groupes leader ?

JLB : Je suis assez sceptique sur les participations minoritaires qui, à mon sens, n’ont pas d’intérêt car vous participez à construire une entreprise qui sera ensuite très chère à acheter et qui risque de devenir un concurrent direct. Je suis persuadé que, dans le domaine technologique, les idées viennent principalement des start-up et non pas des chercheurs internes des groupes. C’est pourquoi je recommande aux entreprises leaders d’avoir des start-up 100% intégrées qui viennent les challenger directement en interne. Il est important que cette start-up soit gérée par le start-upper et non les dirigeants opérationnels  du groupe, pour garder cette agilité d’esprit et d’action.

Quel est le nouveau profil du dirigeant ?

JLB : Il faut que le chef d’entreprise ait le sens de l’action et un esprit agile car ces caractéristiques sont inhérentes à l’ADN de la start-up. Il doit être lucide pour repérer l’importance cruciale de la transformation, sans être effrayé par l’ampleur considérable de la tâche qui l’attend. Les dirigeants économiques ont maintenant intérêt à devenir à la fois des créateurs ambitieux et des passionnés d’exécution.

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« La vision « David contre Goliath » pour évoquer les start-up et les grands groupes est dépassée. Aujourd’hui, ce serait plutôt « David avec Goliath » » » Julien Masson, Président de Whyers

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« Le mécanisme de l’acquisition est devenu naturel parce que les innovations et les talents sont de plus en plus à l’extérieur de l’entreprise » Paul-François Fournier, Bpifrance Innovation

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