Les Rencontres de Dumont d’Urville – Comment intégrer l’IA dans l’entreprise ?

Il ne se passe pas un jour sans un sondage sur l’intelligence artificielle, qui conforte ou contredit le précédent, une annonce de nouveau record, de création de start-up ou d’adoption de cette technologie par une grande entreprise… L’intelligence artificielle est désormais au cœur de toutes les discussions. Elle nous a fascinés dans des romans ou des films de science-fiction. Aujourd’hui, les entreprises s’emparent pleinement du sujet et les premiers projets de déploiement de l’intelligence artificielle voient le jour.

Depuis que cette intelligence artificielle a battu l’homme à des jeux comme les échecs, Jeopardy ou le Go, nous commençons à la considérer comme un double numérique plus intelligent. Notre regard admiratif a fait place à une crainte d’être un jour dépassés par ce que nous avons créé.

Pour beaucoup, l’expression « Intelligence artificielle » et son acronyme IA évoquent aujourd’hui toutes sortes de concepts, assez négatifs, de remplacement de l’homme par des robots pensants dans de nombreuses fonctions, de dépossession de la capacité humaine à décider, de surveillance massive généralisée, etc. Ces concepts sont suffisamment prégnants pour que les aspects positifs de l’IA soient relégués au second plan. Aujourd’hui, les entreprises investissent en masse dans l’intelligence artificielle mais les questions restent nombreuses. Comment l’IA s’intègre-t-elle dans les organisations ? Comment la déployer de façon efficace ? Quels sont les enjeux pour les collaborateurs ?

La dernière édition des Rencontres de Dumont d’Urville sur l’intelligence artificielle, événement organisé par Talan qui réunit les acteurs de l’innovation, a permis de croiser les regards sur ce sujet.

Quels que soient les secteurs et parcours des intervenants présents, tous s’accordaient sur la nécessité de dépasser les mythes et peurs qui entourent l’intelligence artificielle.

L’intelligence collective comme facteur d’intégration

Thanh Nghiem, auteure du livre « Le Manifeste du Crapaud Fou » (Editions Florent Massot, 2017), co-écrit avec Cédric Villani, a introduit la soirée en alertant sur trois tsunamis : l’urgence écologique, les fakes news et l’intelligence artificielle. Pour y faire face, il est urgent de changer nos comportements, de « faire cohorte » et d’utiliser un outil puissant : l’intelligence collective.

L’intelligence collective était au cœur des échanges lors de la table-ronde. Pour Tiffany Pithoud, responsable du programme cognitif (Watson) d’IBM, il est nécessaire de voir « l’IA comme un élément de l’intelligence augmentée qui contribue à l’intelligence collective. (…) Un projet d’IA est une construction collaborative. On ne laisse pas une IA apprendre toute seule. Tous les développements se font actuellement en étroite collaboration avec le personnel des entreprises, car chaque projet, comme par exemple un assistant personnel intelligent, sera totalement différent d’une entreprise à l’autre ».

Philippe Lerique, partner IA chez Talan, acquiesce : « La technique devient anecdotique, la vraie difficulté est l’éducation des IA, c’est-à-dire comment on leur apprend un métier. Sur cette partie, Talan a un réel rôle à jouer, fort de la connaissance des métiers de nos secteurs d’activité. »

L’Intelligence artificielle, une opportunité pour les entreprises

Loin du portrait alarmiste que l’on voit parfois se dresser, « L’intelligence artificielle est là pour nous aider, et elle est là pour longtemps », affirme Philippe Lerique. Il s’agit de voir l’IA comme une opportunité qui permet d’innover plus, d’améliorer la création de valeur, la performance, l’efficacité. Concrètement, l’IA est présente ou le sera sous peu dans les véhicules autonomes, les assistants intelligents, les robots, les cobots et les chatbots, le diagnostic médical, la recherche scientifique, les algorithmes prédictifs, etc. « L’intelligence artificielle permet de résoudre des problèmes que nous ne savons pas résoudre », insiste Serge Palaric, vice-président EMEA chez Nvidia. Et de citer l’exemple des « smart cities » dans lesquelles il faut concilier la gestion des parkings, de la circulation, l’écologie, le confort et la sécurité des citoyens mais aussi l’énergie, la voie publique, les transports…

La conclusion revient à Thanh Nghiem qui affirme : « l’intelligence artificielle n’est pas un problème, c’est une opportunité comme le feu : tout dépend de ce que l’on en fait ». Toutefois, elle appelle à « ouvrir la boîte noire de l’intelligence artificielle et à amener la société civile à participer aux débats ». Les travaux en cours sur la nécessaire transparence des algorithmes devraient bientôt répondre à son appel et contribuer à calmer les peurs qui freinent encore l’adoption de ces technologies par les entreprises.

2018-08-20T20:24:47+00:00