Intelligence artificielle vs intelligence collective : un combat perdu d’avance ?

L’intelligence artificielle est en train de rebattre les cartes des relations humaines et se fait le catalyseur de toutes nos peurs. Pourtant, l’IA est aussi la source d’opportunités dont les humains se doivent de saisir.

Pour Rosalie Lacombe-Ribault, Directrice Marketing et Communication du groupe Talan, l’intelligence collective est la solution pour répondre à ces enjeux.

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lacombe intelligence collective

Deux grandes écoles s’affrontent actuellement autour de l’intelligence artificielle. Les esprits les plus pessimistes développent une vision apocalyptique de l’IA. Toute puissante et autonome, cette « intelligence supérieure » surpasserait bientôt celle de l’homme, le privant de son emploi, voire de son libre arbitre.

À cette théorie du remplacement s’oppose un modèle reposant sur la complémentarité entre les hommes et la machine. L’IA « augmente » l’être humain, le rend plus puissant. Elle nous assiste au quotidien dans le traitement de l’information, la prise de décision. L’IA nous libère aussi des tâches fastidieuses, nous offrant un temps précieux pour réfléchir, créer et innover. Ce qui est le propre de l’homme.

1 + 1 = 3

De natures très différentes, l’intelligence artificielle et l’intelligence collective ne sont pas en concurrence. L’intelligence collective relève de notre capacité à nous mettre en réseau, à conjuguer nos intelligences. Ces deux formes d’intelligence se nourrissent l’une de l’autre, permettant ainsi une efficacité démultipliée. L’histoire récente a d’ailleurs montré combien la collaboration hommes-machine est gagnante.

La puissance de cette alliance s’est illustrée dès 2005. Huit ans après la victoire de Deep Blue d’IBM sur le champion Gary Kasparov, c’est un couple de joueurs amateurs utilisant trois ordinateurs simultanément qui a emporté une compétition « mixte ». Leur habileté à coacher les machines leur a permis d’analyser au mieux les positions possibles, comme le décrit lui-même Kasparov.

Depuis, de nombreuses associations entre l’homme et la machine se sont révélées fructueuses. Dans le domaine médical, l’IA a montré qu’elle pouvait aider des médecins à établir un diagnostic, lui laissant plus de temps pour être à l’écoute du patient.

Sans être médecin, tout un chacun peut faire l’expérience de cette collaboration. Essayez Flint. Ce robot se propose de vous envoyer chaque jour des informations ultrapersonnalisées. Pour affiner le contenu, il fait appel à la fois aux réseaux neuronaux et à votre feedback. Cette collaboration est essentielle car, sans l’être humain, point d’IA.

À l’école des robots

En dépit des progrès fulgurants que connaît l’intelligence artificielle, c’est aller vite en besogne que d’imaginer des robots totalement autonomes, pouvant se passer de nous, êtres humains. Microsoft en a fait les frais. À peine lancé, son chatbot Tay, censé discuter avec des adolescents sur les réseaux sociaux, est rapidement devenu incontrôlable, tenant des propos racistes.

On voit bien que laisser une IA agir seule ne va pas sans risque. L’homme doit apprendre à la machine, l’entraîner. Cette éducation des robots fait appel à de nouvelles expertises, et des métiers qui n’avaient pas l’habitude de collaborer vont devoir unir leurs forces : mathématiciens, ergonomes, psychologues et experts en sciences humaines travailleront demain de concert.

De nouvelles professions vont aussi émerger. La Havard Business Review dresse ainsi le profil de ces futurs éleveurs de robots. Le « psydesigner » dessinera la personnalité de nos assistants personnels, l’« egoteller » les mettra en scène et l’« éthicien » sera le garant de leur conduite éthique.

Serons-nous tous des crapauds fous ?

L’homme devra aussi insuffler sa part d’irrationnel, voire de folie. Le changement vient parfois d’esprits libres qui font un pas de côté, comme nous le rappelle Le manifeste du crapaud fou, co-écrit par un mathématicien (Cédric Villani), une experte en développement durable (Thanh Nghiem), un éditeur (Florent Massot) et 34 autres « crapauds fous » aux parcours et profils aussi riches que variés.

Les crapauds vivent dans une zone et se reproduisent dans d’autres. Chaque année, tous migrent dans le même sens. Ils se font massivement écraser sur nos routes mais certains s’aventurent dans des directions non conventionnelles, inventent de nouvelles voies et sauvent l’espèce. De la même manière, la survie de notre espèce passe par un changement de comportement, par des modes de pensée alternatifs. L’intelligence collective se nourrit de la diversité, de la richesse de la variété humaine.

L’IA libère notre créativité

Dans un monde toujours plus complexe, il faut se donner les moyens d’un collectif plus fort en cassant les silos et en proposant davantage d’horizontalité dans nos organisations (holacratie, entreprise libérée, etc.) pour favoriser l’émergence de nouvelles idées. L’intelligence collective, c’est aussi réussir à faire la synthèse de la diversité des profils, des parcours, des origines, des âges ou encore des points de vue.

Les générations Y et Z n’ont pas l’apanage des nouvelles idées. L’innovation, c’est avant tout une ouverture d’esprit, une fraîcheur, une curiosité et une capacité à changer de regard qui se cultivent à tout âge. Logique, corporelle ou émotionnelle… L’intelligence prend, par ailleurs, des formes éminemment variées selon les individus. C’est cette variété qui fait notre richesse.

Bien sûr, cela implique de sortir de sa zone de confort, de changer nos façons de faire, de voir et de penser. Il faut avoir des convictions mais pas de certitudes. L’intelligence artificielle peut nous aider dans cette voie, notamment en nous libérant du temps pour être plus créatifs et performants. À nous de saisir cette ressource si rare pour s’ouvrir aux autres, oser, inventer et innover.

Opposer IA et intelligence collective est donc un débat stérile. Car le vrai combat à mener est celui du temps et de notre capacité à le valoriser. Ensemble.

22 février 2018

2018-08-27T14:32:05+00:00