[AVIS D'EXPERTS] Data Platform : vers la BI conversationnelle
Couplée à l’évolution des plateformes de données, l’IA générative permet aux utilisateurs métiers de dialoguer directement avec la data. Recentrant les tâches des centres de services BI sur la création de modèles de données et sur la sécurité.
La nouvelle génération de Data Platform accélère la mise en œuvre de ces projets au sein des organisations. Mais, au-delà de dépasser ce qui faisait hier obstacle à nombre de stratégie data-centric des entreprises, ces évolutions transforment la nature même des projets, selon Frédéric Gisbert, architecte data et IA dans la division partenaires de Microsoft EMEA. Plutôt que de construire une plateforme de données, il s’agit désormais plutôt de faciliter l’accès au savoir de l’entreprise, « par exemple en simplifiant l’accès à 60 bases réparties dans l’organisation », dit Frédéric Gisbert. Ce qui se traduit par une mutation des tâches demandées aux ingénieurs data. « Au début, on leur demandait avant tout de créer des indicateurs, puis leur métier s’est recentré sur la mise à disposition de sources de données au profit des métiers, raconte Yoann Jasemin responsable du domaine Microsoft Data au sein de Talan. Aujourd’hui, il s’agit plutôt de fournir des outils permettant aux utilisateurs d’effectuer des liens entre différentes sources de données. Le métier de l’ingénieur data consiste donc d’abord à construire ces liens permettant de fiabiliser les résultats des requêtes des utilisateurs. »
Une mutation qui se reflète dans les évolutions de la plateforme Microsoft Fabric elle-même, comme en témoignent les annonces de l’éditeur lors de sa dernière conférence Ignite, qui s’est tenue en novembre 2025 à San Francisco (Californie). Au-delà des croisements de données et des modèles sémantiques, la solution s’attache aujourd’hui à construire des ontologies, soit des modèles de données contenant des concepts et relations permettant de modéliser des ensembles de connaissances dans des domaines donnés. « C’est là que se situe désormais la valeur des ingénieurs data des entreprises et des ESN », fait valoir Frédéric Gisbert. L’objectif premier de ces profils consiste désormais à bâtir ces ontologies modélisant un ensemble de relations au sein d’un domaine (par exemple, le marketing, la production industrielle, etc.).
L’objectif ? Proposer, dans chaque cas, un modèle de données qui puisse être consommé par des agents IA accédant ainsi à un ensemble de sources (données non structurées, SGBD, cartes, graphes…).
Davantage de poids pour l’ingénierie data
Cette évolution des projets data, couplée à la montée en puissance de l’IA, porte également en elle une transformation des usages au sein des métiers. « On va passer d’une BI centrée sur le reporting à une BI conversationnelle, où les utilisateurs dialoguent avec les données », résume Frédéric Gisbert. Même si, pour ce dernier, le reporting classique ne va pas pour autant disparaître. « Mais, à mesure que les LLM comprennent de mieux en mieux les questions des utilisateurs, on va laisser davantage de liberté aux métiers, limitant ainsi les échanges avec les analystes de données pour créer des rapports ou indicateurs. La conséquence ? On va avoir besoin de moins de créateurs de rapports », précise l’expert de Microsoft. Mais de davantage d’ingénieurs data pour créer les ontologies et les modèles sémantiques adaptés au LLM. « L’équilibre entre ces deux grands métiers va évoluer, pour passer, par exemple, de 50-50 à 70-30 », illustre Frédéric Gisbert.
« Et cela correspond aux attentes des entreprises depuis le début, souligne de son côté Yoann Jasemin. Car une des limites de la démocratisation de la BI résidait dans l’absence d’utilisateurs formés au sein de certains services ». Pour tenter de dépasser ce blocage, des entreprises ont créé des postes d’analystes data au sein des métiers. Mais ce choix s’est avéré coûteux ; cantonnés dans leur ligne métier, ces analystes étaient souvent sous-utilisés. « Nous sentions donc cette transformation poindre. La démocratisation de l’IA va permettre d’interroger la data au travers d’un simple prompt, ce qui rend les métiers plus autonomes et permet de ne conserver que le nombre strictement suffisant d’analystes de la donnée », dit l’expert de Talan.
Gouvernance et sécurité pour priorités
Par ricochet, alors que les plateformes data simplifient la mise à disposition des données et que l’IA en facilite la consommation par les métiers, les centres de services BI qu’ont créés de nombreuses grandes entreprises doivent se recentrer sur des sujets devenus encore plus essentiels avec ces mutations : la gouvernance, la sécurité et la confiance dans les résultats. D’abord parce que la généralisation des usages de l’IA pour interagir avec la data suppose de développer une faculté à monitorer et expliquer les décisions prises par les algorithmes. Et ce, d’autant plus que l’arrivée de l’IA agentique va se traduire par un certain degré d’autonomie de la technologie dans des décisions métiers.
« La sécurité devient le sujet le plus important pour ces centres de services », assure ainsi Frédéric Gisbert. Une évolution qui se traduit déjà dans la plateforme Microsoft Fabric. D’abord via une évolution de la logique de sécurité d’accès. « Auparavant, cette couche de sécurisation était assurée par le moteur. Désormais, les tables de données portent également les droits d’accès des lignes et colonnes qu’elles renferment. Quel que soit le moteur qui les consomme ! », souligne l’expert.
Une sécurité pensée pour l’IA
La sécurité périmétrique, qui protège les données contre les tentatives d’exfiltration et gère les aspects de conformité (comme le RGPD), est, elle, portée par un alignement des niveaux de sensibilité de la data entre le datalake de Microsoft (OneLake) et Microsoft 365 sur le poste de travail des utilisateurs. Enfin, un troisième niveau s’attache à encadrer les usages de la data avec l’IA, via la mise en place de garde-fous permettant de contrôler les prompts des utilisateurs et de vérifier les résultats en sortie. Un volet déjà indispensable dans certains secteurs ou métiers, selon Yoann Jasemin : « c’est notamment le cas des RH, un métier très attentif aux accès externes, mais aussi internes. Pour empêcher le partage de données sensibles, la plateforme Microsoft sait déjà bloquer les agents IA tentant d’accéder à des données étiquetées sensibles. »